Fantasmagories

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Aubade forestière

Chuchoté le vendredi à 19:54 - Soupirer

 

Peut-être l'heure de la sieste et des corps alanguis est-elle plus propice à des songes vagabonds où les fées deviennent malicieuses. Les yeux mi-clos je rêve que je m'engage à ta suite dans la garrigue qui couvre la colline reposant derrière la maison. Tu as de l'avance, juste assez pour que je puisse te discerner, évoluant avec insouciance entre les arbres en un mouvement fluide qui tient de la sarabande. Tu me souris et tu te dérobes, tu réapparais un infime instant. Tu as l'air ravie de me provoquer et de m'inviter tout à la fois. Tu sais à quoi je pense et cela t'amuse. Tu as envie de te prêter au jeu, le désir est commun. Qui a parlé le premier de ce fantasme, qui l'a impulsé, qui le dirige à présent ? Cela n'a guère plus d'importance.


Tu disparais à nouveau, plus longtemps cette fois. Tu laisses derrière toi tes vêtements les uns après les autres, comme autant de cailloux blancs balisant le chemin vers des délices insoupçonnés. Il me semble entendre ton rire qui s'égaille là où la sérénade des oiseaux se tait en révérence silencieuse devant tes pas. Et soudain tu es là, au creux d'une minuscule clairière, le sourire aux lèvres, le regard posé tout entier sur moi, le corps tendu en une pause aguichante, te cambrant, les bras relevés posés contre le tronc sur lequel tu t'appuies. Fée magnifique qui a jeté son dévolu sur un simple mortel et lui offre tous les plaisirs dont il rêve pour peu qu'il la comble avec toute l'intensité dont il est capable.

La respiration soulève ta poitrine et ta peau frissonne à peine effleurée. Ton corps tout entier réagit aux caresses de mes paumes et j'ai l'agréable impression de façonner un joyau, de le ciseler avec les outils du désir. Les préliminaires pourtant ne sont plus d'actualité...deux jours sans l'avoir fait malgré la proximité des corps et les rêves partagés. Un gémissement d'impatience tandis que tu te mordilles les lèvres me le fait comprendre. Assez parlé, assez courtisé. Assez de tendresse et de douceur...place au violent vertige des sens, à la fusion haletante, aux corps qui se livrent, aux cris qui s'échappent. Déjà je t'ai rejointe dans la nudité et tes jambes cherchent ma taille. Lèvres qui embrassent et mordillent, mains qui caressent et pétrissent, antre qui se fait tantôt pleine tantôt vide au rythme des saccades effrénés. Nos corps ne nous appartiennent plus, ils ont leur vies propres et leurs mouvements s'engagent sans limites, nos âmes sont ivres l'une de l'autre, nos coeurs s'emballent et demandent à mourir. Et tandis que tu te livres entièrement, que tu me laisses accéder à ton moi le plus profond, que tu me permets de faire de toi ce que je veux...je sais que je t'appartiens et que la fée a capturé le rêveur dans son propre songe. J'exulte en toi, tu cries et tu m'embrasses. J'ai tout juste assez de force pour te déposer à terre en soufflant, m'étendant à tes côtés.

Plus tard peut-être nous irons chercher nos vêtements. A moins que la fée, comblée mais impatiente, n'attende que son rêveur reprenne des forces pour recommencer...

 

Ecrit par Safran

 

 


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